lundi 25 août 2014

Les quatres saisons de Serena



Hola chicos,
Aujourd'hui, on a décidé de vous faire un petit portrait de notre environnement à Serena, village qui frôle à peine l'Amazone et qui n’est pourtant pas épargné des humeurs tapageuses du poumon de la terre.

Ici, tout ce qui nous entoure est «naturellement» contre nous. Car même dans notre petite jungle tranquille et contrôlée, chercher à vivre « en union » avec la nature, c'est aussi facile que de vivre dans une bulle de savon. L’humain ne devrait simplement pas être ici. C'est à se demander qu'est-ce que les premiers habitants de l'Amazone ont bien pu penser. 

Il faut donc sortir une réserve supplémentaire de modestie et être prêt à accepter que nous ne sommes rien de plus que des invités chez une très grande famille de prédateurs. 

Ainsi, que ce soit les animaux, la pluie, les plantes ou la chaleur ; tout ici nous rappelle à l’ordre et à la raison : sur cette planète, nous sommes petits, si petits que nous n'arrivons même pas à nous contrôler nous mêmes. 
C’est particulièrement saisissant, voire même vivifiant de se sentir aussi fragile, de se savoir à la merci d'une planète aussi nue qu'à sa naissance, d'avoir à craindre davantage les humeurs de la forêt que celles de ceux qui s'en arrachent les titres de propriété. 

Par exemple, il pleut souvent ici. Parfois, c’est passager, d’autre fois c’est torrentiel. La plupart du temps, c’est la nuit. Et nous ne connaissons d'ailleurs peu d’expérience plus bénéfique pour un sommeil ronfleur qu’une pluie de fin du monde amazonienne. 

Quand il pleut à Serena, ce n’est pas des gouttes de pluie qui coulent indépendamment l’une de l’autre à la recherche d’un petit coin de terre à abreuver. Quand il pleut, c’est comme si une cascade était attachée au ciel et qu’elle coulait directement sur nos têtes. C’est un mouvement coordonné, unifié de ce qui paraît être le rassemblement de la totalité de notre planète condensée. Ou presque... car ce qu’on nous explique c’est que le vent pousse énormément de son humidité depuis la côte brésilienne tout le long de l’amazone (3000 km !!), amassant sur son passage des milliers de parcelles de condensation, à chacune des respirations, de chacun des arbres de cet imposant poumon de la terre.
C'est d`ailleurs fascinant de voir combien de notre géologie de l'école secondaire nous revient en regardant le ciel de Serena quand il est ennuagé : il nous semble que toute la famille de nuage au complet, les stratus-nimbus-cumulo-stratus… même ceux qui ont tendances à se chicaner avec les autres; ils sont là à prendre du soleil sur la grande plage bleu de l’Amazone. Ils sont la, des heures durant, accrochés sur le ciel à observer la terre, sans pleuvoir une seule goutte. 

Le nuage de l’atlantique brésilien aura voyagé, il est lourd, fatigué et voilà qu’enfin on lui permet de se libérer complètement de sa charge, de s’évaporer de l’univers. Tout à coup, comme par magie, il disparaît du ciel, il s'évapore comme par magie, sans la moindre trace. 

… 

Mais voilà que sans prévenir, au milieu d’une nuit qui avait commencé sans le moindre nuage, noyée par les étoiles, sans même l’indice d’un coup de tonnerre, voilà qu’en un éclat torrentiel, tombe sur nous l’Amazone toute entière. Tour de magie du ciel ou simple aller-retour de quelques heures à la rencontre des premières montagnes équatoriennes. On croit ce qu'on veut, ce qui suit est quand même miraculeux. 

En tout cas, ça réveille un homme à chaque fois. Et peu à peu, on s’habitue au torrent, on s’habitue à dormir sous l’eau ; comme à l’abri de tous les dangers terriens, bien couvés à l’intérieur d’une bulle de pluie, d’une poche d'air au parois infiniment larges et protectrices. Notre petite maison se transforme en véritable sous-marin. 

On se sent comme un rêve dans un oreiller, comme un homme dans un nuage. 

Et puis, voila le tonnerre, qui ne vient qu’après l’eau, comme si le son du ciel en furie ne pouvait tout simplement pas égaler l'impatience de cette pluie, comme si le poids incomparable de l’eau qui DOIT tomber n’offrait aucune chance à son compétiteur sonore.
Plusieurs minutes plus tard, une autre coup de tonnerre, cette fois-ci, c’est la montage face à nous qui subit la lourdeur de la pluie amazonienne. En un certain sens, ce sont les vagues salées de l’Atlantique qui, cognant sans cesse sur son flan, l'affaiblit peu a peu. La falaise semble prit par surprise à chaque fois alors qu'elle s'affaisse dans un terrible cri d'effroi. Nous le sommes aussi, surpris. Car parfois, la montagne ne s’écroule que plusieurs heures plus tard, en plein soleil. 

La falaise n’est pourtant pas si haute et les morceaux qu’on lui dérobe sont ridiculement petits pour le bruit qui s’en suit. 

C’est que la rivière dans laquelle les morceaux de falaise s’engouffrent est profonde, elle attend la bouche grande ouverte qu’on la nourrisse, qu’on l’engraisse. La Jatunyacu, comme tout ce qui est amazonien d’ailleurs, est avare, féroce, agressive. Il n’y a pas d’autre moyen de survivre ici. Il faut prendre sa place et parfois, prendre celle des autres.
marée haute

marée basse
Jatunyacu donc, n’en a pas assez de monter avec la pluie, d’escalader les falaises; il lui faut aussi s’élargir en avançant les bras ouverts, ses longues griffes écartelées au delà de ses berges; il lui faut écorcher les rebord de montages, inonder les rivages et arrondir le paysage. 
Tellement Jatunyacu est avare qu’elle remonte chez nous aussi, avec une aisance particulière d'ailleurs par le canal qui rejoint notre étang. Et quand il pleut assez, presque assez pour en noyer un poisson, ces jours là, ça déborde jusque dans l’étang et ça nous ramène des spécimens à branchies gratuits de la rivière. Parfois, certains des nôtres se risquent dans l’autre sens aussi… mais ça arrive beaucoup moins depuis leur rencontre avec Soa.



à l'état normal

Débordement!

Notre rivière Jatunyacu est spéciale, vous l’aurez compris, mais il y a plus que ses longueurs et largeurs qui nous émerveille.
Voyez vous, directement en face de la ferme, il y a la rencontre de deux rivières; l’une, la Ila, vient des collines avoisinantes, l’autre, la Mulatos des montagnes autour du volcan Cotopaxi. La première s’approvisionnent des pluies voyageuses de l’Atlantique, l’autre, de celles des sommets enneigés équatoriens. Juste avant de se lancer dans la Ila, la Mulatos hésite un moment et souvent, prend même le temps de fumer un coup, comme pour évacuer un peu de fraîcheur avant de plonger dans les chaleurs (en contraste) de sa comparse amazonienne. 
Ila; plus haut
Puis, les deux flirtent encore une centaine de mètres avant de se mélanger pour de vrai dans un étrange tourbillon d’amour (ici, le courant va vraiment à contre-sens!). De cette union, naît notre Jatunyacu. Quand on se baigne un peu plus haut, avant la rencontre des deux cousines, la différence de température est flagrante (parce qu’Ila la chaude arrive de notre coté de rive). 

Tout est donc toujours en mouvement ici, pas seulement la rivière et le ciel; la terre aussi. Nos belles routes neuves, nos ponts tout frais, gracieuseté du gouvernement actuel, déjà craquent. On se croirait dans un perpétuel printemps québécois. 

On aime bien s'imaginer que c'est la combinaison de tout cet environnement en mouvement qui pousse la terre à droite et à gauche. Un autre rappel que l'homme et ses constructions ne sont pas bienvenues ici. Que rien n'est arrêté, fixe ou même enraciné.










Même nos arbres avancent depuis leur centre. Le tronc de ces mastodontes s'ouvre en effet vers l'extérieur à une vitesse de survie. Il ne faudrait surtout pas qu'un autre monstre feuillu empiète sur son territoire. Car si le ciel est infini, du point de vue des arbres, la terre elle, rétrécie.

Mais n`allez pas croire que les arbres ne prennent que du large, ils prennent du long aussi! Car s`ils se battent au sol, tronc et racine, pour leur mètre carré de terre, ils doivent aussi manger le plus de ciel possible afin de croquer autant de cette délicieuse et rayonnante pomme, aussi ronde qu’un soleil, qu'ils ne peuvent en avaler. Tout ce qui ne peut se battre pour une de ces engorgée de lumière solaire est condamné à mourir dans l`ombre des vainqueurs (littéralement) ou à se transformer en créature d'une nuit infinie. 

Et donc, tout est ici maître sur nous, spécialement l'humidité qui, si soutenable à l'homme, cherche à dévorer absolument tout ce que ce dernier créé. On doit donc gérer vêtements, livres, appareils électroniques en les enfouissant dans de nombreuses boites en plastique. Pour certains, ceci est un argument sur les multiples utilités du plastique. Pour nous, c'est un rappel constant du catastrophique effet de l'homme sur la nature. 

Irons-nous jusqu'à plastifier les arbres?

La pourriture de toute matière organique est un des aspects difficile de notre vie d'êtres humains aux abords de la forêt amazonienne. On s'étonne moins d'apprendre que les autochtones des profondeurs de ce gouffre forestier ne porte que des vêtements faits de ce qui les entourent (s'ils ne sont pas nus) et ne construisent rien qui n'est pas en communion avec leur environnement immédiat. 

Mais si l’humidité ici peut-être lourde de chaleur et parfois même d'odeur... on ne peut dire qu'il fait toujours chaud à Serena. Même que parfois, ça frise le point de congélation (Ce qui est assez ironique parce que Soa, c'est plutôt quand il fait chaud qu`elle frise…mais revenons à nos moutons (ceux-là, ils frisent dans tous les climats))! 

Il est vrai que nous sommes habitués aux 35 degrés centigrades, or, étant bien entourés par le vert multicolore de la grande famille des arbres, tout en étant loin du goudron, notre 35 degrés est très supportable. La preuve : Soa s'en plaint rarement.

En contraste, les nuits et les journées pluvieuses peuvent être plutôt fraîches à Serena. Dans ces cas là, il nous arrive en effet de flirter autour des vingt degrés, parfois même de plonger un degré ou deux en dessous. Alors là, quand une telle chose se produit, on crie au scandale parce qu'il fait pour nous, québécois, moins vingt dans l`Amazone! Vous remarquez en effet qu'il n'y a qu'un petit mot insignifiant entre «moins vingt» et «moins de vingt». 

Tout ça pour dire qu'on se les gèle...mais seulement parfois. Et quand ça arrive, on fait un feu et on grille du cacao ou bien on dort (la nuit). Ce n'est pas si mal apres tout. 

Tout cela est donc autant fascinant que terrifiant pour nous deux. Ce qui rend notre vie d'autant plus intéressante. Nous sommes constamment à la limite de émerveillement et de l'attente du danger. Serena c'est épatant!

samedi 28 juin 2014

Serena: Nuestros amigos los animales!

Bonjour lectrices et lecteurs,
Cette semaine nous vous faisons faire un petit tour guidé de la finca de notre béatitude immédiate. 
Serena est à 45 minutes en autobus de la capitale de la province du Napo, Tena.
Tena quant à elle, se trouve à cinq ou six heures de Quito, dépendamment de la route choisie.
La route de Baeza est moins longue malgré un bon deux heures de traffic pour sortir des banlieues de Quito et le trajet en colimaçon jumelé à la passion du chauffeur pour la « Formule 1 » (cette situation n’est pas singulière à ce trajet particulier ; elle est chronique dans tout l’Équateur (autobus, voiture, moto…) ; probablement une des conditions principales à l’obtention d’un permis de conduire) donne souvent le goût de vomir.
La route de Puyo, quant à elle, offre aussi de nombreuses opportunités de reflux gastriques mais propose un arrêt de quelques jours dans le très populaire Banos (ici au sens de « Bains » et non de toilette). Nous avons d’ailleurs séjourné presque deux mois à Banos mais ça, ça sera pour un autre jour.  Ceci étant dit, l’arrêt à Banos permet de couper le trajet en deux, ce qui n’est pas un luxe.

Tena, donc est une ville équatorienne typique, bétonnée sur tout son long avec une centaine de restaurants qui servent exactement la même chose, au même prix, avec des cafés internet à tous les deux coins de rues (principalement utilisés par les petits et grands garçons qui cherchent à continuer leur cheminement spirituel sur World of Warcraft ou GTA),  avec ses « panaderias », son marché, sa grosse église, ses terminaux d’autobus (1 inter-provincial, 1 local).

C’est aussi une ville « amazonienne » typique avec sa chaleur insupportable, ses éclipses de pluie diluvienne et, conséquemment, ses nombreuses rivières et ses opérateurs de tours pour faire la visite de ce qui reste du « poumon de la planète ».

On ne pourrait vraiment vulgariser ce qui nous charme de Tena, si ce n’est qu’en considérant son caractère de « hub » vers une panoplie d’activités et d’opportunités.
C’est d’ailleurs par le biais d’un terrain visité que nous avons trouvé notre petit coin d’eden temporaire à Serena. Tena est aussi entourée de petites colines, n’a pas de moustiques et est particulièrement confortable le soir.

Serena, donc, atteignable de Tena, se trouve au bout de la route vers le Talag ; route qui offre un avant goût de villages pseudo-amazoniens, eux aussi bétonnés, mais bien entourés par des semblants de jungle.

Mais quant on dit « au bout » de la route, on veut vraiment dire, au bout. Qui veut aller à Serena, attend que l’autobus fasse demi-tour pour débarquer. Mais contrairement à San Lorenzo, Serena n’est pas le « bout du monde ».  Ici, au pied du pont qui nous sépare du terminus et de notre ferme, tout recommence.
Ainsi, après un long voyage par Tena, on recommence à respirer ; l’air est plus frais, le soleil (relativement) plus doux, la vue sur le pont, spectaculaire. Tranquillement, nos pas s’allègent et on se prépare à enfin relaxer dans notre cocon de sérénité serenienne.

Une fois le pont traversé, c’est un coin de rue à droite, à un ruisseau de la « escuela », une autre droite à travers le terrain de foot jusqu’à la porte qui borde la westfalia grise de notre propriétaire Raddim (A.K.A Tony).

Et, en un instant, le silence est brisé par les braves chiens de la finca que nous vous présentons à l’instant. 
D’abord, il y a Mali-Ouistiti, la doyenne et « jefa » du domaine. Mali, c'est notre grosse ourse; réservée et presque paresseuse, en temps tranquille, elle dort dans un coin à l’abri des problèmes. Mais à l’instant que quelqu’un se présente à la porte, c’est le tonnerre qu’on réveille. Mali ne donne pas sa place comme chienne de garde.
On peut d’ailleurs dire la même chose pour les calins ; la moindre flatouille, et la voilà qui s’émoustille, commence à gémir et vous saute dessus. Des fois, ça fait un peu peur mais c’est une grosse doudoune, comme dirait Soa.

Mali aime aussi pécher des poissons dans l’étang. On serait un peu inquiets pour nos barboteux si on ne la savait pas végétarienne dans l’âme. Mali mange de la viande quand il y en a, mais si on lui donnait le choix, elle choisirait les bananes et la papaye.
C’est quand même tout un spectacle de la voir flotter à ras le museau dans l’étang. C’est à se demander si elle se prend pour un gros poisson poilu.  

Ensuite, on a deux loup, il y a Chiro-Coco, notre husky des tropiques.
Chiro est forcé à passer la plupart de son temps attaché à une laisse d’une trentaine de mètre parce qu’il s’est fait une réputation dans le village de sauter les clôtures pour dévorer les poulets des voisins. Ça commencait vraiment à couter cher à Tony, notre proprio, et puis sa cote appréciative en perdait de nombreuses plumes.
Mais la raison de sa captivité est davantage pour sa propre sécurité que pour celle des « pollos vecinos ». Pour se protéger des chiens errants, de nombreux « campesinos » utilisent en effet du poison dans la viande.
Et donc, même s’il s’en plaint constamment, n’ayant aucune idée qu’on veut le garder en vie, Chiro est contraint de monter la garde sur le compost adoré de Simon en trônant sur sa montagne de « Mate » (fruit rond et dur non comestible) en forme de têtes de mort.
Pour passer le temps, notre gros loup adore nous tomber sur les nerfs en lachant de longues minutes de hurlements plaintifs, probablement vers le nord, dans l’espoir qu’une femelle canadienne accoure magiquement à Serena (c’est probablement pour ça que Soa l’excite tellement). Son petit nom coquet, c’est Céline Dion. 
Notre prochaine fille, c’est Chica-Banana, une chienne-renard toujours alerte aux intrus illégaux, à la possible offre de câlins et le plus important, aux bananes qui tombent du ciel. Avec ses oreilles qui égratignent les nuages tellement elles sont longues, elle n’en manque pas une. Elle est secrétement la préférée de Simon, parce qu’elle lui rappelle son chat Shanti.
Chica est aussi une chienne de garde de première classe, seconde officière à la « jefette » Mali ; toujours présente quand il est temps de faire peur aux intrus. Mais dans la vie de tous les jours, Chica ne grogne jamais que quand Mali exagère dans sa demande d’amour boulémique.
C’est véritablement étrange de l’observer s’exprimer contre la suprématie de Mali et ainsi de se soulever devant l’ordre établie de la ferme, simplement pour nous protéger de l’amour incontrôlé de sa supérieure immédiate.

Chica est peut- être seconde hièrarchique dans l’environnement social de notre finca mais elle est première grade dans nos cœurs.

Lobo ou Lobocito, c’est notre petit loup qui se prend pour un grand chien même s’il a encore beaucoup de bananes à manger avant de muer. Contradictoire à lui-même (ah, les adolescents !), il veut aussi être traité en chiot parce qu’il n’y a pas si longtemps, il recevait des faveurs particulières (il avait accès à la cuisine par exemple).
C’est probablement pour ça qu’il est infiniment jaloux de notre attention. Si, par malheur, il nous prend à caresser un autre chien, le voilà qui se trémousse entre nos jambes en jappant du haut de ses trois pommes.
Ti-Loup passe au moins la moitié de sa journée à japper dans le vide pour se faire plus grand. Les autres chiens ont de la difficulté à le prendre au sérieux par contre, puisqu'il doit prendre des pauses  en plein milieu de ses ébats pour se manger les fourmis. L’autre moitié de son temps, il s’affaire à chasser les « caracoles » (escargots) autour de l’étang et à se balader tout autour de la finca en trébuchant confondu par ses jambes arrières presque deux fois plus longues que celles du devant.
Ses balades lui offre des aventures palpitantes (une fois, il est revenu engraissé du double de sa bedaine parce qu’il avait mangé un canard mort trouver sur le bord de la rivière) et lui font parcourir des distances incroyables (d’un point de vue de chiot). Et pourtant, on à l’impression qu’il est toujours dans nos pattes (ou dans nos jupons, en ce qui concerne Soa (Lobocito mord et tire littéralement les vêtements de Soa quand elle se promène sur la finca)).

Lobo sera un chien féroce et valeureux, on n’en est certain.

Le prochain membre de la famille, c’est notre chat de cuisine, Michu (prononcé Michou).

Michu passe ses nuits et jours à surveiller les contours de la cuisine. Ici, il n’a aucune limite de coquerelles, sauterelles et papillons à chasser. C’est à ce point, qu’on a pratiquement pas besoin de le nourrir, en permanence rempli de bibittes diverses. Son alimentation est probablement plus diversifiée que tous les chiens réunis.







Quand Michu sort de sa cuisine, c’est pour se faufiler dans notre chambre ou sur le toit pour dormir. Avec sa petite tête noire, ses yeux jaunes et sa petite barbichette blanche, c’est une vision directement d’un film d’horreur de le surprendre à nous observer d’une des planches du plafond.
 
Parfois, on se surprend aussi à le voir se promener autour de l’étang ; possiblement en attente du jour où les poissons se mettront à marcher.

Franz, notre premier volontaire, a découvert que Michu était un agent secret équatorien. Ainsi, il comprendrait tout ce que nous disons et ferait semblant de ne rien comprendre. Par contre, vous ne serez probablement pas surpris d’apprendre qu’étant payé le même salaire qu’un éboueur par le gouvernement social-démocrate de l’Équateur, Michu n’est pas très efficace à son travail.

Par ailleurs, on a une quantité et diversité incomparables de papillons et de petits scarabées luisants ; il serait difficile de croire que tous ont été répertoriés. Soa se plaint souvent, mais pas à cause des bibittes mais plutôt de l'écosystème intégré que Simon met en place à chaque soir dans notre chambre. Soa l'appelle même l'insectarium. 
 
Les poissons, une trentaine de Tilapias, appartiennent d’ailleurs à Soa. Et l’étang est sans aucun doute son endroit préféré sur la finca. Coincidemment,  quand Soa nourri ses poissons (2 fois par jour !!) c’est aussi l’endroit et le moment préféré de la journée des quatre chiens. On en profite pour laisser gambader Chiro, qui reste toujours autour de Soa.
À sa toute première rencontre avec les poissons, Soa a immédiatement affirmée que ceux-ci étaient affamés (ce qui nous rappelle étrangement sa belle-maman). Elle clame aussi qu’ils se sentent infiniment seuls dans ce grand étang. On a commencé à les nourrir. Soa nous assure d’ailleurs que ses poissons peuvent l’« entendre » lorsque qu’elle secoue la nourriture de poisson aux abords de l’étang (une autre preuve incontestable de l’influence de Toune, sa belle-maman).
Elle espère qu’en devenant bien gras (et la réputation des animaux de Soa nous assure que l’embonpoint est chose inévitable), leur libido suivra, et conséquemment, leur multiplication démographique. 
Elle tient vraiment à impressionner son beau-papa avec ses poissons; c'est beau à voir!
Simon essai en vain d’expliquer à Soa qu’on devra un jour manger quelques poissons pour éviter la surpopulation. Rien n’y fait ; PERSONNE NE MANGERA SES POISSONS ! 

Et finalement, mais non les moindres, il y a les petits poussins de Soa. Nous ne les savions même pas de ce monde jusqu'à tout récemment; ce n'est donc rien d'autre qu'un miracle de la vie, selon Soa.
Dans son originalité légendaire, Soa leur a donné les noms de Simon, Raddim (notre proprio) et Franz (notre premier volontaire). Évidemment, seule SoaSoa peut les différencier... 

Et donc, ce qu’on a ici comme faune apprivoisée, c’est véritablement « Retour au Bercail »… au bercail.

samedi 24 mai 2014

Bienvenidos a Serena


Salut à toutes et à tous,

On en a fait du chemin pour arriver ici. Et on a sauté des histoires qu'on vous racontera sous peu mais voici une autre étape importante de notre voyage, probablement la plus importante depuis notre arrivée en Équateur (On a eu ce sentiment à chaque nouvelle étape, par contre).

Nous vivons maintenant dans un petit paradis de deux hectares, à 45 minutes de Tena, la capitale régionale de l’État du Napo, à la porte de la forêt amazonienne. 
On est arrivés ici par l’entremise d’un expat espagnol à qui on hésitait à acheter un terrain. Voilà qu’un matin, ce dernier nous téléphone (on vivait encore à Banos à cette époque là) et nous explique que ça lui importe peu qu’on achète son terrain ou pas, qu’il veut surtout rester en bon contact afin de cultiver une amitié « touristique » (future entraide mutuelle pour nos entreprises complémentaires). Pour l’instant, il a un ami Tchèque, aussi expat, qui aurait besoin de gens pour s’occuper de sa terre dans les environs de Tena.

Alors depuis le début du mois de mai, nous partageons l’existence d’un nombre incalculable de bibittes. Ahhh, l’Amazone !

D’abord, il y a les mouches à fruits qui sont un mal nécessaire. On composte absolument tout ici ; de la grosse passion rouge. Simon a fièrement creusé son beau  gros trou (1m par 1m50) avec David et depuis, il coucherait au fond s’il n’était pas jalousement en demande dans le lit matrimonial.

Avec du recul, c’est quand même une transformation de perspective pour nous. On se rappelle la canicule au 228 et comment on avait toute la misère du monde à se débarrasser des « maudites » mouches à fruit. C’était alors notre pire cauchemar.

Ici, dans un endroit où les fruits poussent comme de la mauvaise herbe ; les mouches à fruits font partie de la famille. Et puis, on est pas mal inclusif de tous les animaux qui ne cherchent pas à nous tuer !

D’ailleurs, les coquerelles sont le parfait exemple de cette situation.  Elles sont M-A-S-S-I-V-E-S;  l’Afrique et l’Asie peuvent aller se rhabiller, c’est la plus grosse forêt de la planète ici !

AMAZONE-REPRESENT !!
C’est pas des farces, on leurs donnent quasiment des noms « coquets » ; l’animal de compagnie par excellence.

Et pourtant, elles arrivent à se faufiler dans les craques inexistantes des boites de nourritures scellées sous vide.

Respect !

Elles ont sérieusement de la gueule. Et puis, elles sont tout à fait inoffensives.

Par exemple, au contraire des maudites sauterelles de l’enfer (voir Olon),  qui s’amusaient à atterrir dans le visage des gens -gens qui sont spécifiquement en train de faire ce cauchemar- nos coquerellettes amazoniennes vivent leurs vies sans chercher à interagir avec nous.

Elles veulent une bouchées de nos denrées humainement concoctées, bien sur, mais ne s’y attaqueront généralement que la nuit. Il est d’ailleurs hautement déconseillé d’aller faire un tour dans la cuisine après le coucher du soleil.

Justement, la nuit, on peut entendre leur chant gracieux de cucacharettes qui clique, coincidamment, comme deux pièces de Backgammon qui cognent l’une contre l’autre.

Donc, on adore nos mouchelettes et nos cucaracitas… surtout quand on pense aux fourmis mordeuses invisibles de l’enfer. RRRRRRRAAAAAHHHHHHHHHHHHHH !!!!

Les chercheurs nous disent que ces petites fourmis sont complétement inofensives. On nous inventent qu’elles ne transportent aucune maladie ou venin et donc qu’elles ne peuvent pas nous tuer.

PHYSIQUEMENT, peut-être !!!! mais nos âmes elles, quant est-il de nos âmes !!

Depuis notre arrivée, on se gratte comme des p’tits chiens… parfois, on se gratte sans même que ça pique. Et on le sait en plus ! On se gratte la nuit, même quand on dort bien dur. Ça expliquerait pourquoi on rêve qu’on se gratte aussi. D’autre fois, on attrape un vent de folie et on se met à se gratter tout le corps frénétiquement. Ça c’est la « psycho-gratte ». Bien entendu, on se gratouille en couple aussi; l’amour ne s’arrête pas  aux flatteries.  Pour le meilleur et pour le pire, qu’ils disent !

Tout ça, courtoisie des fourmis qui n’existent que dans notre imagination.

D’après Simon, ces microscopiques machines de terreurs arrivent directement des pires profondeurs du monde.

Selon ces dires, elles ne seraient rien de moins que de miniatures parcelles ressuscitées de la douleur des âmes damnées des pires criminels de l’histoire, remontant à la surface par milliers sur les vapeurs d’éther diaboliques de la  fumée des feux de l’enfer.

Et voilà que ces puceux de Satan sont condamnés à vivre dans un des environnements les plus agressifs de la planète. Elles travaillent jour et nuit, absolument partout sur le terrain. Et elles n’apprécient simplement pas être dérangés dans leur labeur effreiné. 

Ce qui veut dire que si, par malheur, on accroche une feuille quelconque (et des feuilles, ça ne manque pas dans l’Amazone ; les opportunités de les éviter sont peu nombreuses) avec une épaule, un tibia ou un ongle, il y aura presque assurément un transfert d’une ou deux ou MILLE fourmis microscopiques sur cette partie du corps maintenant damnée par les feux de l’enfer.

Mieux vaut amputer immédiatement.

Instantanément, ce petit démon à six pattes creusera ses crocs diaboliques dans la peau.  Mais la douleur effroyable prend quelques secondes à s’installer. Ainsi, jamais on ne voit notre attaquant!!

On passe donc nos journées a constamment avoir l’impression d’être mordu par… RIEN !!

RRRRAAAAAHHHHH !!!!

Oh Univers, serait-ce là un jeu machiavélique que tu nous imposes parce qu’on a trouvé notre bulle de zénitude équatorienne ?

Car vous nous direz que jusqu’à maintenant, on ne vous a pas tout à fait décrit le paradis tel que défini dans le dictionnaire. 

C’est parce que nous aussi on est mesquin ; on a commencé par les petits points négatifs.

Et puis, comme vous ne l’aurez probablement pas remarqué (certaines personnes sont incapables de penser plus loin que coquerelles), on ne vous a pas parler de moustiques.

C’est parce qu’il n’y en a pas !! Et selon les dires du Totem de sagesse, le très vénéré Papi Jean Bédard : un endroit sans moustique, c’est le paradis !

Malgré tout, nous avons quelques critères de plus pour y trouver notre compte.

Ce que nous voulons et qui est disponible ici, gratuitement, naturellement :
Une liberté totale ;
Une proximité de la ville pour les emplettes et de l’Amazone pour la recherche de terrain ;


Des appartements rusti-luxe avec terrasse, hammacs et vue sur la montage ;
 
Un ruisseau d’eau fraiche avec des bassins pour s’y baigner (2) ;
piscina "abajo"
piscina "arriba"















Quatre chiens affectueux avec nous et féroces avec les intrus ;
Un chat chasseur de coquerelles ;
Une cuisine toute équipée ;
Cinq poulets et deux canards pseudo-libre en manque d’amour ;
Une rivière massive et propre qui chante constamment pour nous aider à dormir ;
Une quantité de petites et grosses « jobines » à exécuter à notre rythme ;
Un étang à poissons « narcissique » qui ne demande que de se faire rêvasser dessus par les grands miroirs de Soa ;
Des installations toutes prêtes pour accueillir des volontaires ;
Une flore débordante de variété ;
Une faune toute aussi explosée (papillons, colibris, libellules, serpents, coquerelles, scorpions (il en a juste un…) ainsi qu’un genre de grosse marmotte invisible qui passe son temps à faire des trous sans jamais vraiment avoir de raison de le faire)

Ce que nous n’espérions même pas et qui nous est aussi offert par l’univers : 
Un pont à être traversé pour arriver chez soi;
Ou, si on trouve ça trop simplet, une tarabita (traversier sur fil) qui passe au dessus de la rivière et qui atterrit directement sur notre terrain ;
Des opportunités multiples d’essais et erreurs agricoles et organisationnelles que nous n’aurons pas à tester pour la première fois sur NOTRE projet ;
Une confiance aveugle de la part du propriétaire ;
Une période illimitée de temps sans casse-tête pour trouver notre terrain idéal ;
Un Temascal (tente indigène qui sert de sauna et qu’on chauffe avec des pierres volcaniques ;
De nombreux légumes autochtones qui nous étaient totalement inconnus, qui sont délicieux et nutritifs et qui pousse comme de la mauvaise herbe ;
Du soleil à souhaiter qu’il pleuve ;
De la pluie qui donne l’impression que le ciel nous tombe sur la tête (les Gaulois craindraient vraiment les dieux amazoniens). 

Tout ça, logés et nourris!

Il y en a pour nous tous ici.

On a fait un long parcours pour décider qu’on était prêt à souffler un peu. On a voyagé le pays en entier (10 000 beaux kilomètres); de la mer, on est monté jusqu’à 4000 mètres d’altitude, pour finalement atterrir dans la jungle ; on a monter un dossier impressionnant de connaissances et de contacts, on a commencé notre recherche de terrains (on vous en parlera prochainement), Simon a fait de sérieuses avancées en espagnol, on a obtenu notre résidence équatorienne (droit de vote et tout !).

On a adopté l’Équateur, quoi.

On est loin d’être fatigués ; au contraire, on est plus énergétique que jamais et puis ça fait du bien de travailler.

Et ce petit paradis de Serena, nous donnera une longueur d’avance pour notre propre projet (ça aussi c’est pour un prochain blog).

C’est encore une situation temporaire, c’est vrai, mais dans un confort inégalé et sur le type de terrain qu’on recherche, dans l’environnement où on veut vivre.

Et oui, chers amis : Nous sommes tombés en amour avec l’Amazone !

À bientôt !

Soa et Simon