mardi 1 octobre 2013

Rio Muchacho- Coté cour (partie 2)

Hola todos!
Nous voilà repartis en cavale, après deux petites semaines de creusage de trous, de créations de compost et de lavage de vaisselles.

Hier, nous sommes arrivé à Mompiche, petit village de pécheurs à 175km de Canoa. On est déjà en train de tomber en amour... mais ces nouvelles là, c'est pour plus tard.

Alors... Rio Muchacho, partie deux!

C'est difficile de savoir par où commencer parce qu'il y a de nombreux éléments à couvrir pour raconter cette expérience hors du commun. On doit vous avertir que ce blog sera un tantinet analytique puisque Rio Muchacho est un modèle, parfois à suivre (coté jardin), parfois à ne pas suivre (coté cour). On vous laisse en être juge!

Premièrement: les projets.


1-La ferme
Cette dernière se voulait autosuffisante mais le tourisme, qui cherche toujours à grandir au sein d'une entreprise de ce type, à rendu ce rêve simplement impossible. Notons d'ailleurs que très peu de la nourriture consommée est produite sur la ferme. Comme nous l'avons souligné dans le blog précédent, le système de compostage et de réutilisation de l'eau est ici exemplaire. Mais la carence de main-d'oeuvre jumelée à l'implication dans les autres projets place l'agriculture en troisième position en terme d'importance.

Les nombreux animaux servent ici principalement au compostage. Ce qui est très bien. Pourtant, on se demandent pourquoi la ferme n'est arrivée à produire ni oeufs, ni lait lors de notre séjour.
De notre coté, on prend beaucoup de notes parce que les oeufs et le lait, nous on aime ça!

Écotourisme à son meilleur: 20 touristes
qui regardent la frayeur d'un paresseux
 lors de sa remise en liberté officielle

2-Le tourisme
Celui-ci a pris le dessus sur la ferme. Et avec raison. C'est le gagne-pain de l'entreprise et principale source de revenu pour le maintien de l'école environnementale. Malheureusement, de nombreux problèmes surviennent de cette priorisation. De ceux-ci, notons que, même si la qualité de la nourriture a toujours été exceptionnelle, la quantité à très souvent été insuffisante pour les volontaires payants de la ferme.
Donc, lorsqu'il y avait des touristes, tout le monde était très contents...à l'exception bien entendu des volontaires qui devaient laver la vaisselle ce jour là ! (système de rotation)



3- L'école
Il y a quelques années, l'entreprise a conclu qu'elle n'arriverait pas à éduquer la communauté à l'agriculture durable par le biais des adultes. Les fondateurs ont donc décidé de concocter leur petit projet d'école environnementale. Les choses pourraient difficilement mieux fonctionner.

L'école sert d'une part à éduquer les jeunes sur l'importance de protéger la terre, d'autre part, à les encourager à rester en campagne afin d'éviter l'exode rural et ainsi, à assurer une relève conscientisée. Les professeurs sont qualifiés et le programme tient la route. C'est une école privée mais les parents ne doivent débourser que 2$ par mois, par famille (peu importe le nombre d'enfants). C'est donc une excellente alternative aux écoles locales.

Et puis, les enfants sont véritablement le fruit du changement.

De nombreux volontaires sur la ferme acceptent d'ailleurs de payer les frais plus ou moins élevés en sachant qu'une grande partie de leur contribution sert à supporter l'école.

Maintenant, parlons des gens!

On les séparent en trois groupes; les proprios et fondateurs, les employés et les volontaires.

Les proprios Dario et Nicola, sont en couple depuis 25 ans et en business depuis autant d'années. Elle néo-zélandaise, lui, équatorien. Ils ont récemment fondé une nouvelle famille ensemble. Ils sont parents de jumeaux d'environ 2 ans, Florence et Rafi.

Nicola et Dario
Ces deux là (les parents) travaillent sans arrêt, mais pas tout à fait sur le projet. On vous en reparlera.

Pachuco
Ensuite, il y a les employés. Danilo, Roberto et Pachuco qui sont les gros bras de la finca. Simon et Soa ont travaillé avec eux à chaque jour et c'est véritablement d'eux qu'ils ont le plus appris de leur expérience.

Ceux-ci travaillent depuis plusieurs années au sein du projet, et se contentent souvent de la rencontre des volontaires pour être heureux. Pachuco et Danilo nous demandent d'ailleurs de leur envoyer des cousines canadiennes et malgaches!! Des tombeurs ces deux là... mais avec tout un coeur!

Le style de tombeur de Pachuco


Roberto quant à lui parle littéralement avec une patate dans la bouche (encore des patates!!) mais trouve étrangement toujours le moyen de se faire comprendre!





Et puis, il y a les merveilleuses Norita et Iciela, qui se relaient en cuisine. Trois repas par jour pour un groupe d'étrangers «végétariens» (pas de viande à la finca), sans compter la tonne de touristes qui tendent à arriver sans téléphoner. Ça travaille fort ces femmes là!




Et quand elle sont en congé, elles organisent des fêtes où l'on danse jusqu'à onze heure du matin (oui oui!) et où on mange des cochons locaux en plein milieu de la nuit.

D'ailleurs, ce fût le premier morceau de cochon de Simon depuis dix ans. Il faut commencer à s'intégrer et c'est plus facile quand on connait le cochon par son nom. Soa n'est pas tout à fait d'accord avec ça, par contre. 

On doit aussi noter qu'il y a peu de temps, 6 employés par jour travaillaient sur la ferme, sans compter le gérant du jardin qui a quitté l'entreprise l'année dernière. Aujourd'hui, on en compte que 3 par jour. Vous imaginerez que personne ne chôme sur la ferme!


Pendant notre séjour, il y avait cinq volontaires avec nous.

Cristina est partie étudier à Quito à la fin de notre première semaine mais a travaillé sur la finca pendant trois semaines. Une véritable boule de positivisme, rien ne semblait pouvoir décourager cette allemande sans accent. Parlant l'anglais, le français, l'espagnol et l'allemand, Cristina a plus ou moins été notre guide pendant la première semaine et on la remercie!!




Ensuite, il y a Allie, une autre boule d'énergie, cette fois-ci Américaine. Volontaire de longue date, on lui a plus ou moins donné la majorité des tâches de la finca. Elle s'occupe des volontaires, de la promotion, des touristes; sans compter qu'elle travaille à l'école.



Et puis, il y a Gaby, bien sur, qu'on a malheureusement pas vu souvent mais qui était toujours au top quand on la voyait. Gaby, une autre volontaire de longue date, s'est en effet énormément impliquée auprès des enfants et de l'école. Gaby a aussi un sacré pouce vert pour les animaux, ayant réussi à convertir le dangereux et mal-aimé Orange-cat en Chaton adorable.




Ensuite, il y a Andres, un (autre) allemand avec un espagnol impeccable (mais pas sans accent celui là!) et qui aime beaucoup les fèves de soya! Andres a récemment obtenu sa résidence équatorienne. Ce dernier a donc eu beaucoup à nous apprendre sur le processus de visas. Avec son projet de finca dans l'amazone, Andres semblait savoir exactement pourquoi il était à Rio Muchacho : Apprendre. Véritable «bookworm», on l'a d'ailleurs rarement vu sans un livre de la bibliothèque de Rio Muchacho sous les yeux. Or, l'entreprise n'a pas semblé être à la hauteur de ses attentes. Il est d'ailleurs parti une semaine plus tôt que prévu. 






Finalement et non le moindre, Franz. Ce dernier, malgré ses 19 ans, n'a pas froid aux yeux. Il vivra en effet sur la ferme pendant tout un an! Franz n'a pas fini d'apprendre à se connaître à travers cette expérience hors du commun. Premier voyage, première ferme, première avalanche de responsabilités, etc. Ce jeune homme réservé et respectueux ne peut se douter à quel point il a bien choisi son pays d'accueil pour la prochaine année. En côtoyant Pachuco et Danilo tous les jours, on a bien hâte d'assister à sa transformation «latina»! Bonne chance, petit frère!


Les activités: 

Notre journée commence à 6h15 pour nourrir les animaux mais surtout, pour nourrir le compost. Simon a particulièrement aimé les chanchos (cochons). Soa, quant à elle, a ramassé beaucoup de caca de vache et de cheval, en plus de partir avec une machete dans la jungle pour aller couper du gros gazon et se faire manger par les tiques! 
Que de plaisir!

À 7h30, c'est le petit déjeuner, qui consiste habituellement en du granola sec (pas de lait sur la ferme?! et non!), de fruits et d'une patisserie équatorienne. 

Pause ou lavage de vaisselle jusqu'à 8h30. 

Après on a un petit «meeting» avec ou sans l'un des proprio pour connaitre notre agenda de la journée. 

Ceci se fait la plupart du temps au rythme équatorien puisque c'est difficile de gérer une entreprise de cette ampleur, si tôt le matin, quand les jumeaux ont pleuré toute la nuit. 

Quand Nicola ou Dario sont présents, on a parfois même le droit à un petit 5 minutes sur la permaculture. Mais souvent, Allie ou Franz devront aller récolter les informations chez les proprios, qui sembleront devoir être vérifiées par 5 autres personnes, et ce avant qu'on décide enfin d'aller voir les employés nous-même; car ces derniers sont ceux qui savent exactement ce qu'il y aura a faire. 

Nous nous sommes d'ailleurs souvent demandés pourquoi on n'allait pas directement poser la question aux employés puisque ceux-ci sont beaucoup plus en contact avec le projet que quiconque sur la ferme. 

Les tâches de la journée peuvent être variées : préparer les «lits» pour planter des légumes, planter des pousses et des graines, pelleter, bêcher, pelleter, bêcher, planter, récolter, faire des paniers biologique, aider dans la cuisine, creuser des trous pour planter des arbres, planter des arbres, arroser 28 000 km de terre, pelleter du caca pour créer du compost,

Faire des «lits» avec Roberto
pelleter du compost, remplir des sacs de compost, transporter des sacs de composts sur une distance équivalente à Montréal-Quito (n.b. Il est absolument nécessaire d'apprendre à bien attacher ses sacs car; contrairement à la croyance populaire ou aux publicités tapageuses, il n'est pas vrai que le fumier composté rend la peau du visage plus douce, les cheveux plus soyeux ou qu'il nettoie naturellement l'intérieur des bottes de pluie!), étendre le compost, nettoyer les arbres fruitiers à la machette, désherber, etc.
On a planté un Moringa (arbre malgache). C'est un arbre très rare et très spécial qui a été
nommé Soanandrianina!
Par la suite, on mange l'almuerzo (repas du midi) et, si on est chanceux, on fait la vaisselle pour 20 touristes! À 1h30, retour au travail. 
Les volontaires de longue date, quant à eux, sont supposés avoir du temps pour faire leurs «projets personnels». Mais manque d'employés, manque de volontaires ainsi qu'énormément de tâches à accomplir dans une journée rendent ses projets personnels très difficiles à compléter; voire même à commencer. 

Simon chasse le poulet
Le mercredi après midi, c'est la journée culturelle. Durant cette période, on à la chance de faire du chocolat, du café, des bagues en matériaux naturels, etc. 

BiciBomba!! Pompe à eau sur pédale!

Mails la plupart du temps, on répète les tâches du matin mais seulement jusqu'à 16h, donc c'est pas trop mal. 

D'ailleurs, on doit dire que la formule de Rio Muchacho est très intéressante. Beaucoup de temps est alloué (lorsqu'il n'y a pas de vaisselles de touristes) aux volontaires pour recharger leur énergie. Ceci nous a permis, contrairement à notre expérience de Guatubamba, de profiter un peu du lieu exceptionnel qu'ont créé Dario et Nicola au fil des années. 

Les coutumes :

On compte vous faire une liste de coutumes équatoriennes qu'on aime bien mais entre temps, en voici quelques unes qu'on a eu le plaisir de découvrir à Rio Muchacho. 

1) Quand on fête dans la communauté manabienne (de la province de Manabi), on commence ça vers 20h; heure à laquelle la musique commence à «blaster dans le piton» à travers les plus gros et nombreux haut-parleurs sur la planète. Les rues Crescent, St-Laurent et le Dagobert peuvent allez se rhabiller! Pourtant, environ 2% des invités vont oser danser un peu. Donc, ça fait pas mal de gens, assis, qui n'arrivent pas vraiment à discuter et qui semblent attendre le messie. Ironiquement, une bonne grosse statue de Jésus est installée dans le coin de la piste de danse et observe lui aussi le néant musical en se demandant pourquoi il a encore oublié ses bouchons. 
Mais le messie que les gens attendent, ce n'est pas celui qu'on croyait. Car au son du gong de minuit, c'est un cochon qui nous sera servi en guise d’aumône. 
Après le repas, on se met à danser avec le 2%, bien qu'on fatigue vite. La fête se terminera un peu plus tard, vers 10h du matin. Entre temps, la musique, de la technocumbia (pensez reggaeton folklorique) ne cessera jamais, ni diminuera en intensité. 

2) La décoration des toilettes:
Ici, on accroche nos diplômes dans toutes les toilettes de la finca!
On se pose évidemment la question: est-ce les équatoriens
 ne font pas, comme nous, un lien automatique entre les
 «vidanges» humaines et les accomplissements des responsables de la ferme?

Les animaux exotiques :

On vous a parlé des animaux de la ferme la semaine dernière; voici ceux qui étaient ici, avant la ferme. On les admire, on les craint, on les aime. 

le Culebrero

Orange cat aka Chaton


Vous vous souvenez d'Alejandra?
Personne n'a encore osé vérifier le sexe mais on
la trouve plus charmante en femelle! 
Taz-Taz le cochon fou qui fait un sourire pour la caméra
Ginette

Les chauves-souris qui
s'énervent au lever du soleil 













Chenille tueuse-tête-de-mort-arracheuse-de-peau-wow-ouch




Alors, c'était notre analyse critique de la ferme Rio Muchacho, ses hauts et ses bas. Malgré les apparences, on a adoré notre expérience. Est-ce qu'on considère que de faire payer les volontaires était justifié ? Pas tout à fait...puisqu'on s'attendait à une organisation du tonnerre et celle-ci n'a pas été au rendez-vous.

Toutefois, on a énormément appris lors de notre séjour mais ce sont vraiment les volontaires et les employés qui ont été porteurs du savoir. Un peu décevant considérant que Dario et Nicola sont sérieusement réputés dans leurs domaines respectifs (Tourisme et permaculture).

Mais pour des raisons aussi évidentes que respectables, ceux-ci en ont littéralement plein les bras. Malheureusement, le besoin retentissant d'un gérant pour l'entreprise ne semble pas tout à fait sur le radar. Mais on a une confiance solide en Allie, Franz et Gaby pour rétablir tout ça!

En conclusion, un ressort de notre expérience un peu plus pauvre mais avec une direction plus claire de notre propre projet. C'était donc un investissement bien visé!

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