vendredi 20 septembre 2013

Bye bye Campo, Hola la Costa!





Holà al Mundo !

Grosses et longue nouvelles cette semaine : On a quitté Guantubamba samedi dernier ! Plusieurs raisons ont motivées notre choix de partir une semaine plus tôt. Le froid s’intensifiant a bien entendu joué dans la balance. Mais ce qui nous a véritablement fait réévaluer notre position, c'est le sentiment qu’on n'apprenait pas tout à fait ce pourquoi on était là; soit, des connaissances pratiques en permaculture et agriculture biologique.  


Mais toute expérience de volontariat comporte deux volets; l'apprentissage devrait habituellement être en second plan (même s'il est presque toujours en premier plan). Si tu n'apprends rien, il faut au moins être en mesure d’apporter une aide concrète à la communauté d'accueil. Et comme Guantubamba avait spécifiquement besoin du même type de connaissance qu’on était venu récolter là-bas, on ne pouvait pas faire ça non plus! 

Alors dimanche, le 7 septembre, nous leur annoncions la triste nouvelle que ça allait être notre dernière semaine avec eux. 

Ironie du sort, le lundi, lors d’une session de « bêchage » bien chaude (parce dernière semaine de travail + réputation des Bédard = terre qui r'vole partout !) en préparation à l’ensemencement des okas (type de légume délicieux qui ressemble à la patate, est semé de la même manière mais n’en est pas du tout une) ; la maudite tendinite de Simon est revenue le hanter.

La semaine allait être longue. Douleurs physiques et morales (symphonie de coupage de cebada et de « mangeage » de patate) pour Simon et Soa.

Rectification très intéressante : ce que nous avions, tout deux, confondu pour de l’avoine (ignorance du citadin ?), la cebada, est en fait de l’orge ! Ce grain, jadis maudit (la semaine dernière) est, comble de bonheur pour Simon, l’ingrédient privilégié à la confection de tout bon scotch ! 



Plusieurs secondes de questionnement existentielles seront nécessaires (sarcasme) pour déterminer s’il vaudra la peine d’au moins tenter l’expérience…David ?


 

Donc, grand départ samedi matin. Notre famille au complet est levée à 6 am. Notons que c’est la journée de congé de la famille !!
C’est émouvant !


On part tôt parce qu’on a quand même un gros 444 kilomètres équatorien à parcourir. Et on est sur le point d’en avoir un peu plus pour notre argent.



Notre itinéraire espéré pour la journée : Pujili-Quevedo-Manta



À Pujili, on attend le bus jusqu’à ce que le premier nous passe à toute vitesse dans la face. Il était plein à craquer, pas question d’arrêter pour deux gringo-escargots (parce qu’on porte littéralement nos maisons sur nos épaules).  

Le deuxième ne vient jamais… 2h30 après notre arrivée, on décide de faire un petit détour vers Latacunga, capitale de la région, à 30 minutes dans le sens contraire de notre destination. C'est le point de départ de notre autobus fantôme.

On ajoute donc 1 hr à notre épopée mais aucun autre choix si on veut un jour avoir une place vers Quevedo. Il y a des moments comme ça où on doit faire quelques pas en arrière pour mieux avancer !


À Latacunga, on a juste un beau sourire à faire et c’est parti ; places 38 et 39.

Petit problème, il y a 30 places dans le véhicule…

« Todo esta bien », nous assure le placier en nous indiquant deux sièges inoccupés (places 26-27).

Une minute plus tard, six personnes supplémentaires monte à bord, elles aussi équipées des numéros de sièges inexistants.
Une erreur ?

« Todo esta bien », répète le placier ! Restez debout et vous aurez assurément une place en temps et lieux !

Le monsieur est clairement en sérieux contrôle de la situation ; mais on pense qu’il est peut-être aussi un peu dyslexique avec ses chiffres (tout notre respect va à la communauté dyslexique !).

Il faut noter par contre que ce n’est pas, tous les passagers qui allaient rester dans l’autobus pour les 5h30 de voyage jusqu'à Quevedo. 

Mais on sourit quand même à Jesus pour nous avoir garder des places. 



Cinq heures et demi pour faire 160 km… du jamais vu ; littéralement, on a rarement vu quelques choses d’aussi beau. La route, qu’on appelle la Quilota loop, zigzague pendant des heures, au creux des montagnes, où se cachent des dizaines de villages absolument magnifiques ainsi que le lac Quilota.

 On était pas au courant de tout ça, parce que sinon, on aurait prévu notre passage autrement.  

Désolé, pas de photos prise par nous, le bus roulait un peu trop vite pour ça ! De toute façon, faudra revenir respirer la bonne humeur des gens et pour discuter avec les montagnes. 

Depuis la Quilota loop jusqu'à Quevedo, le bus se trouve à avoir dégringolé plus de 3000 mètres. C’était incroyable de voir, en accélèré, le changement de climat et de paysage.

Soa aime beaucoup les batidos à l'aguacate (avocat)

Tout en haut, on fumait presque de la bouche tout en chatouillant le soleil tellement il semblait au bout des doigts.
Et tranquillement, perdu dans une brume de nuages éternels, paraissant être figé dans le temps, la cîme des plantations de cane à sucre, commençait rapidement à nous faire saliver les lêvres.

Et quand enfin le niveau de la mer fût atteint, bien qu’encore à plus d'une centaine de kilomètres de l’océan Pacifique, c’est l’air allourdi des palmiers et des bananiers qui s’étalait soudainement sur une distance incroyable.

On ne vous cache qu'après la fraicheur de nos nuits cimentées dans le « campo », ce fût presque euphorique de retrouver un peu de chaleur. Mais le bonheur a toujours des petites anicroches. Prenons par exemple, le mur infini des plantations de bananes en pseudo-plastique qu'on retrouve dans de nombreux pays du sud. 
Afin d'éviter de trop vous casser la tête, on vous garde le bref historique du terme «  République bananière » pour la fin de capsule !  

Entre temps, nous sommes arrivé à Quevedo avec un brin de retard sur notre horaire initial et avons décidé de passer la nuit dans un « love motel » en face du terminal de bus.

Le matelas était ferme et touchait presque au plafond. Un changement apprécié après trois semaines sur une planche de bois 5 étoiles.

Et pas besoin de faire un feu pour chauffer l’eau de la douche ; elle était bien froide, juste comme on l’espérait après un long voyage dans un bus à débordante capacité.

Aucun restaurant ouvert par contre. Alors, on s’est payé du gros luxe : une conserve de thon qu’on a décoré d’une tonne de légumes, d’une brique de fromage et d’une montagne de croustilles de plantain.

Le lendemain matin, on repart pour un tour. 

Second gros détour; on ne passera pas par Manta. On monte plutôt vers Santo Domingo. 

De là, les compagnies de transport se battent pour nous vendre un billet pour Canoa, notre nouvelle destination finale. Un petit coup d’œil sur le billet, qui indique Pedernales ( à 2 hr et demi au nord de Canoa), sème le doute. Mais Simon se fait répéter par le chauffeur qu’on va bien à Canoa.

« Todo esta bien ! »

Bien entendu, il faudra repayer un nouveau billet à Pedernales mais le temps de changer nos escargots de bus et d’acheter 20 clémentines pour 1 $ et nous voilà reparti !

Au terme de cette longue aventure sur deux jours, Soa et Simon apprendront de nombreuses leçons de couple et de voyage.

Par exemple : Simon aime bien regarder le paysage pendant que Soa ronflonne au moins la moitié du voyage. Ce qui fait que lorsqu’on se rend compte, 30 kilomètres trop tard, qu’on a manqué son arrêt après 9 heures de route cette journée là, Soa aura un malin plaisir à accuser Simon d’être dans les nuages et Simon lui, accusera Soa d’être « sur » un nuage ! 


Investissement potentiel #1





Investissement potentiel #2
























Route envisagée au départ du voyage :
Premier journée : Guantubamba-Pujili-Quevedo-Manta
Deuxième journée : Manta-Canoa

 

Route réajustée :
Première journée : Guantubamba-Pujili-Latacunga-Quevedo (en repassant par Pujili)
Deuxième journée : Quevedo-Santo Domingo-Pedernales-San Vincente (en passant par Canoa)-Canoa



Distance envisagée: 444 km

Distance parcourue: 527 km


Arrivée envisagée à Canoa : Dimanche vers Midi

Arrivée réajustée à Canoa : Dimanche, 18h30




Mais tout qui fini bien ! On s’est trouvé un poulailler tout chaud pour pondre notre fatigue de campesino ! Une chambre privée avec toilette partagée. Son prix : Dix merveilleux dollars la nuit. Et nous avons même accès à la cuisine, cher(e)s, ami(e)s !

Rue de Canoa


On ne sait pas combien de temps on va rester sur la côte mais pour l'instant, Soa dit encore avoir les orteils engourdis d'avoir porté des bottes tous les jours... donc, ils ont besoin d'un peu plus de liberté!  

Mais on est pas en vacances! L'objectif des prochaines semaines: trouver une organisation qui pourrait nous parrainer pour notre visa! On vous revient la dessus!
Spartinette qui se dégourdit les orteils
Ne manquez pas notre prochaine capsule; on vous parlera de plages!

Et vous aurez sous peu une chronique bonus intitulée : Le prix des choses en Équateur ! 

Besos !

Soa et Simon

Au revoir Guantubamba



Avertissement : Cette partie n’est pas pour les cœurs susceptibles. Mais les femmes enceintes, les enfants et les estomacs fragiles ne devraient définitivement pas s’abstenir. 


LA RÉPUBLIQUE DE LA BANANE

Contrairement à la croyance populaire, le terme n’est pas né d’un type de dictature typique aux pays producteurs de banane. En fait, oui… c’est exactement comme ça que l’expression a vu le jour ; mais pas du tout comme vous pourriez l’imaginer.

Pendant tout le début du 20ème siècle, la United fruit compagnie, une méga entreprise de Banane installée au Honduras, orchestre et finance de multiples coups d’état partout en Amérique centrale et ailleurs. Ces intérêts ont, bien entendu, été appuyés et défendus par le gouvernement américain. 

Son règne s'étend alors sur des milliers d'hectares de terres cultivables un peu partout au Sud. D’ailleurs, les terrains de productions sont tellement grands qu’on les compare littéralement à des états. 

Jusqu’à la fin des années 80, des gardes armés empèchent ou taisent les rebellions des travailleurs sous-payés ou des communautés productrices de bananes qui se plaignent de ne pouvoir compétionner devant de tel monstre. 

Faut pas niaiser avec les producteurs de bananes (ou avec les étrangers installés ici!)


Aujourd’hui, l’oligopole se déguise en trois transnationales fruitières américaines ; Dole, Chiquita et Del Monte ; qui contrôle 60% de la production mondiale. 

Depuis une quarantaine d’années,  celles-ci utilisent de moins en moins la violence et le répression aux fins de contrôle puisque, premièrement, c’est mal vu par une communauté internationale plus connectée et critique que jamais mais surtout, parce qu’elle n’ont simplement plus besoin de le faire. Les paysans qu’on a balayé au fil des années, ont longtemps perdu l’énergie ou l’espoir de récuperer leurs terres et de voir la situation s’améliorer. 

Ces paysans ont accepté le règne de ces mini-états entrepreuneurials comme étant une fatalité. Beaucoup sont maintenant employés par l'instance même qui a jadis mis leurs familles d'agriculteurs en faillite.

Voilà d’où vient l’expression : République bananière.

Entre temps, ces compagnies tentaculaires, qui sont distinctes et qui pourtant agissent comme un oligopole sur le marché mondial, ont réussi à crée une banane « standard » qui serait plus propice à l’exportation.

Aujourd’hui, les « grappes » de bananes sont emballées dans des sacs, ce, dès leur apparition sur l’arbre, afin de contrôler leur croissance trop rapide sous le soleil. Une fois à grandeur acceptable, et pourtant, bien avant leur maturité, les bananes sont détachées de l’arbre, placés dans des conteneurs à proximité et directement envoyé par bateau vers les pays importateurs ; tout ça, sans jamais sortir du sac.

Pour certains d’entre vous, ce processus paraîtra économiquement nécessaire mais d’un point de vue agricole, cette technique de production va tout simplement à l’encontre du cycle naturel du fruit. De plus, la grandeur inimaginable des récoltes force une utilisation démesurée de pesticides ; ce qui pollue énormément l’environnement et la santé des communautés vivant autour des républiques bananières. Sans parler bien entendu de la santé des consommateurs.

L’Équateur, vous l'aurez deviné, n’est malheureusement pas à part. L’exportation de la banane a longtemps été la première exportation du pays et se retrouve aujourd’hui au deuxième rang derrière le pétrole et devant la crevette (celle-là, vous en entendrez parler prochainement).

Tout ça pour vous dire que l’amertume que nous ont procuré ces océans de bananes « précuites », a réussi à nous rappeler l’importance de notre mission. C’est la raison pour laquelle on a aujourd’hui ressenti le besoin de commencer à faire passer notre message.
Certains d’entre vous préfèreront passer par dessus certaines informations, d’autres agiront en conséquence lors de leurs achats au supermarché. Certains argumenteront, avec raison, que cela fait rouler l’économie des pays du sud (Nous nous ferons pourtant le plaisir de réfuter cet argument en temps et lieu !).

On ne peut possiblement toucher tout le monde et nous n’avons pas non plus la prétention de nous croire capable de le faire. 

Pour l’instant notre objectif avec ce projet de vie ambitieux est de vous garder informés pour que vous puissiez faire des choix alimentaires véritablement conscientisés. 

Le choix restera toujours le vôtre. 

Vous être libre de juger notre information comme étant biaisée ou notre argumentaire, comme manquant de crédibilité. Il n’en reste pas moins que vous aurez davantage la capacité de critiquer ; que ce soit nos points de vue de «hippies» ou certaines de vos routines de consommation plus malléables que vous ne le croyez.

Mais entre-temps, la banane, qu’est-ce qu’on en fait ?   

Il n’y malheureusement pas une quantité innombrable de solutions pour ceux et celles qui voudraient faire un choix plus sain et responsable.

La meilleure option, nous vous le répéterons souvent, c’est d’acheter vos fruits localement et en saison, lorsque cela est possible. 

Notons qu'acheter une banane équitable ou biologique de Dole est, à notre humble avis, simplement absurde puisque la distance entre les deux champs ou encore le pourcentage de production équitable d'une telle compagnie est ridiculement bas.

Mais comme vous, nous pouvons difficilement se passer de nos fruits tropicaux. D’ailleurs, pourquoi pensez-vous que nous avons choisi l’Équateur ?

À notre connaissance, la seule banane qui mérite d’être acheté au Québec est la banane Equicosta. Elle est biologique et socialement responsable. 

Oui, elle vous coutera presque le double (on parle ici de cents !) que la banane avec 8 yeux dont on vous a fait le portrait ci-haut mais nous vous prions de prendre quelques secondes pour vous posez cette question : Quel est le poids véritable de la banane dans mon budget d’épicerie ? Combien me coute la viande, la bière, le vin, le fromages ou même les céréales ?

Nous vous assurons que la banane, du moins son prix, sera le dernier de vos soucis... 

Et si on est pas assez sérieux pour vous, peut-être que le Devoir saura vous convaincre: http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/277670/changer-le-monde-une-banane-a-la-fois

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